Endométriose et infertilité : loin d’être une fatalité !

Le mois de mars est celui de la sensibilisation à l’endométriose. L’occasion pour l’Hôpital Universitaire de Bruxelles de s’intéresser à la question de la fertilité chez les patientes atteintes de cette maladie. Découvrez l’interview croisée du Prof. Maxime Fastrez, Directeur de la Clinique de l’Endométriose de l’H.U.B, et du Dr. Catherine Houba, Directrice de la Clinique de la Fertilité de l’H.U.B.

tétine, ruban jaune, journée mondiale de l'endométriose

Qu’est-ce que l’endométriose ?

L’endométriose est une pathologie qui se définit par la croissance de tissus semblables à l’endomètre à l’extérieur de la cavité utérine. Elle peut être totalement asymptomatique. Quand elle se manifeste, elle provoque essentiellement des douleurs pelviennes, parfois rythmées par le cycle menstruel. Chez certaines patientes, l’endométriose peut causer une diminution de la fertilité. 

On estime que 30 à 50% des femmes souffrant d‘endométriose sont hypofertiles.

 

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Fille allongée sur lit avec bouillote, douleurs bas ventre - Endométriose

En quoi cette maladie peut-elle causer de l’infertilité ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles l’endométriose peut rendre hypofertile. 

  • La première est qu’il s’agit d’une pathologie hautement inflammatoire qui provoque des adhérences dans la cavité pelvienne, entre les organes reproducteurs internes. Ces adhérences induisent des anomalies de circulation et de rencontre des gamètes (les cellules reproductrices) et des embryons.
     
  • La seconde raison est liée au fait que l’inflammation induite par l’endométriose rend toxique l’environnement pelvien dans lequel circulent les gamètes et les embryons. Cette toxicité a un impact sur leur qualité et leur nombre, même s’il n’y pas de problème mécanique. 
     
  • La troisième raison est liée aux défauts d’implantation embryonnaire causés par un endomètre dysfonctionnel. Enfin, on constate qu’à âge égal, les patientes atteintes d’endométriose ont une réserve ovarienne moins importante que les patientes qui ne sont pas atteintes de cette maladie.

Avant toute chose, il est important de définir la fertilité. Dit simplement, c’est le temps nécessaire à l’obtention d’une grossesse. 

Les patientes atteintes d’endométriose ont parfois besoin de plus de temps, plus de cycles, pour concevoir. Si après un an, les tentatives de conception restent infructueuses, la question de l’hypofertilité va se poser. 

Un autre facteur qui joue sur la fertilité des patientes atteintes d’endométriose sont les douleurs ressenties lors de la pénétration. Si la patiente a mal, le couple aura moins de rapports sexuels complets. Ce faisant, les chances que le rapport ait lieu au bon moment, c'est-à-dire celui de l’ovulation, diminuent, elles aussi.

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couple, test grossesse, infertilité - Endométriose

Quelles sont les mesures préventives qui peuvent être mises en place pour accompagner les patientes atteintes d’endométriose et qui souhaitent avoir des enfants ?

Quand le diagnostic de l’endométriose est confirmé, les patientes peuvent se voir proposer un traitement médical afin d’empêcher que la maladie ne se développe et “abîme” les ovaires et l’utérus. Ce qui est stratégique pour les patientes qui ont un désir d’enfant en se sachant atteinte d’endométriose, c’est de planifier sans attendre la construction de leur famille. 

L’âge est un facteur de risque important d’hypofertilité, donc plus tôt la patiente essaiera de tomber enceinte, plus elle se donnera de chances. Bien entendu, pour les patientes qui veulent des enfants, mais souhaitent, ou doivent, encore attendre, il est possible de préserver la fertilité en congelant des ovocytes avant l’âge de 38 ans.

Ce qu’il faut peut-être mentionner en tout premier lieu, c’est la bonne information à délivrer aux patientes sur l’hypofertilité, les raisons pour lesquelles l’endométriose peut rendre certaines patientes hypofertiles, mais aussi sur les options thérapeutiques qui peuvent leur être proposées. Aujourd’hui, la prise en charge des patientes atteintes d’endométriose relève d’une médecine hyper personnalisée, en fonction de leur situation et de leurs besoins.

 

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Patiente - Médecin - Conversation - Endométriose

Quelles sont, justement, les options thérapeutiques disponibles à l’H.U.B pour les patientes atteintes d’endométriose et qui rencontrent des problèmes d’infertilité ?

Dans certains cas, la chirurgie peut être proposée à ces patientes pour améliorer la fertilité. Le fait de détruire toutes les lésions causées par l’endométriose permet de restaurer une fertilité spontanée. Pour les patientes qui se font opérer, une réunion multidisciplinaire a lieu, avant et après l’intervention, afin de définir un plan qui, généralement, inclut une période d’essai de conception spontanée d’environ 6 mois. Si cette dernière s’avère infructueuse, elle est suivie par des traitements de PMA (Procréation Médicalement Assistée). Bien entendu, la prise en charge est discutée et ajustée en fonction de la situation de la patiente à chaque étape de son parcours de soin. Quand il n’y a pas d’indication opératoire, la Fécondation In Vitro (F.I.V) est proposée d’emblée aux patientes qui présentent une endométriose à un stade avancé. 

De manière générale, Il est recommandé de ne pas prolonger la période d’essai de conception spontanée au-delà d’un an, au risque de voir les lésions d’endométriose s’aggraver, car chaque nouveau cycle spontané les alimente. C'est un juste équilibre à trouver entre le fait d’essayer de tomber enceinte naturellement et celui de ne pas laisser l’endométriose prendre trop de place.

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Fecondation In Vitro

Quels messages souhaiteriez-vous faire passer aux patientes ? Aux médecins généralistes ? Aux gynécologues ?

Lorsqu’une patiente sait qu’elle a de l’endométriose et si elle veut un enfant, il est recommandé d’essayer d’être enceinte dès que possible et de consulter un.e spécialiste si, après six mois d’essai, rien ne se passe, quitte à tenter encore quelques essais naturellement avant de commencer les traitements ! 

C’est dommage de voir des patientes attendre jusqu’à deux ans avant de consulter et qui, sans le savoir, ont laissé leur endométriose prendre de l’ampleur. 

Bien entendu, pour les patientes qui ont moins de 40 ans, les résultats en FIV sont bons. Après 40 ans, les chances de grossesse diminuent d’autant plus que leur réserve ovarienne a été affectée par l’endométriose et ses traitements chirurgicaux. Il faut aussi dire aux gynécologues d'opérer le moins possible une patiente qui n’a pas encore eu d’enfant

La première chose à faire est de rassurer la patiente

Ce n’est pas parce qu’une femme a de l’endométriose qu’elle va forcément rencontrer des problèmes de fertilité. Évitons d’alarmer les patientes et les couples de façon excessive ! En revanche, informons-les sur l’importance de ne pas attendre des années avant de consulter un.e spécialiste en cas d’échec des tentatives de conception spontanée. Le temps joue malheureusement contre eux. Or, la grossesse (et l’allaitement maternel pour les femmes qui le souhaitent) reste le meilleur traitement de l’endométriose car, qui dit grossesse, dit longue période sans règles et donc sans stimulation de la maladie !

Il est également très important de rappeler qu’il n’existe pas UNE, mais DES endométrioses et qu’il n’y a pas forcément de lien entre l’intensité des symptômes de cette maladie et l’infertilité.  L’endométriose est une maladie très hétérogène. La majorité des patientes ne rencontrera aucun problème à tomber enceinte car, rappelons-le, la fertilité de la patiente dépend aussi de celle de son partenaire. Le style de vie, le tabagisme ou encore le surpoids sont des facteurs de risque d’hypofertilité aussi importants que l’endométriose en elle-même. 

Il est vrai que les patientes qui sont atteintes d’endométriose et qui ont du mal à concevoir se vivent souvent comme LE problème, alors que cette maladie est un des nombreux paramètres qui peuvent affecter la fertilité du couple. Et parfois, c’est quand le couple a recours à la PMA que l’on découvre un problème d’hypofertilité chez le partenaire et non chez la patiente.